Chapitre dans L’Industrie musicale à l'aube du XXIème siècle. Approches critiques, p. 167-199
(auteur invité)
Editeurs: Jacob T. Matthews, Lucien Perticoz
Paris: L'Harmattan, 2012

 

Résumé

Les disparités et l’ambivalence des industries de la musique font l’objet de ce chapitre, dans lequel l’industrie du disque est considérée comme une partie d’un vaste système au sein de la formation socio-économique. Tenant compte des multiples facettes de la production culturelle, notre intention n’est pas, cependant, d’examiner un secteur dans sa particularité, mais tout un système révélant les contradictions de la formation socio-économique. C’est ainsi que le micro-niveau est traité à travers une perspective sociétale.

Dans la première partie, la notion d’une industrie homogène de la musique est contestée et déconstruite sur la base d’arguments pertinents, développés au cours des dernières décennies (particulièrement par Williamson et Cloonan). Les fonctions de cette notion dans le discours public sont brièvement expliquées et un système d’industries musicales – beaucoup plus complexe et contradictoire – est décrit, ajoutant à la littérature et la discussion déjà existantes. Considérant les pratiques quotidiennes de la production et circulation de la musique, les recherches pertinentes et les usages de la notion d’une industrie homogène, nous dégageons un modèle plus adéquat pour analyser ce domaine particulier de la production culturelle.

Dans la deuxième partie, nous explorons les complexités, les contradictions et l’ambivalence des industries de la musique, tout en examinant les flux internationaux des supports de contenu, du hardware musical et des ressources musicales. Les disparités observées à un micro-niveau sont également analysées ainsi que l’échec des industries culturelles en ce qui concerne les pays et les artistes les moins favorisés. Selon notre approche, les disparités et l’ambivalence des industries de la musique constituent un champ beaucoup plus compliqué, opposé à toute vision simpliste de la thèse de l’impérialisme culturel. De plus, notre perspective semble incompatible avec l’harmonisation idéologique émanant de la rhétorique de l’industrie. Afin de résumer les contradictions, les disparités et l’ambivalence entant que caractéristiques structurelles des industries de la musique ainsi que leurs connotations, nous proposons le terme principe de la disparité.

Ensuite, dans la troisième partie et tout en tenant compte du principe de disparité, la mutation actuelle de l’industrie musicale est discutée en termes du modèle de Peterson pour la production de la culture et du concept de la destruction créative. Dans cette perspective, il est soutenu qu’il n’y a pas de crise d’une industrie musicale unique et homogène (qui en effet n’existe pas), ni des industries musicales, mais un processus d’adaptation de plusieurs sections au sein de divers secteurs des industries musicales. Enfin, nous esquissons un scénario pour l’avenir de celles-ci dans le contexte de la crise socio-économique actuelle, prenant toujours en considération le principe de disparité. A la lumière de la perspective proposée, nous concluons que l’analyse des contradictions et des complexités, contrairement à la logique dominante de l’oligonomie, peut révéler des ramifications inattendues de la mutation en cours.